• Mélanie

WORTHY OU L'ACCEPTATION DE SOI


J'ai eu le privilège de participer au projet Worthy par la photographe Emma Boonne, dont le message clé est : "Vous êtes, tous et toutes, à votre place. Nous valons tous la peine d’être là, nous valons tous la peine d’être vus, d’être entendus et d’être respectés."


Je partage avec vous mes photos ainsi que mon témoignage.


L'estime de soi, l'acceptation de soi, vaste sujet chez nous les femmes... d'autant plus lorsque notre physique est hors norme, lorsque l'on perd des signes de féminité que la société nous renvoie. Ce fut mon cas: j'ai perdu mes cheveux et un sein. Ma féminité a été ma principale arme contre la maladie et j'ai appris à utiliser d'autres atouts.

Et puis, après les traitements, il y a un sein reconstruit à apprivoiser et une nouvelle chevelure à dompter. Se retrouver les cheveux courts et gris n'est pas simple à 40 ans et rajoute un coup dur aux épreuves déjà traversées jusqu'alors. J'aurai pu mal le vivre. J'ai décidé de l'accepter, de l'assumer totalement et même de rester avec cette coupe courte et cette couleur. Parce qu'aujourd'hui, elle fait partie intégrante de mon histoire, de mon vécu.


Le projet d'Emma Bonne:


"J’ai eu envie de mettre en lumière et de m’intéresser aux personnes qui sont invisibilisées par la société, des personnes qui sont souvent décrites par la société comme « atypiques » avec des caractéristiques « non conventionnelles », des personnes qui vivent avec une différence plus ou moins visible et qui ne sont jamais représentées non plus dans le monde de la mode, de la publicité etc.

Le terme atypique a toujours eu un sens péjoratif, alors que je suis persuadée que si nous étions habitué.es dés notre plus jeune âge à voir des gens totalement différents qui ne sont pas pointés du doigt comme « bizarres » tout serait plus simple.

Nous avons tous besoin de nous sentir représenté.es, de voir des gens qui nous ressemblent dans les pubs, à la télé, dans les magazines, dans nos émissions préférées, séries etc - sans qu’ils soient là pour incarner le personnage bizarre/pointé du doigt, mais pourquoi pas le héros ou simplement là pour être là-." 


Le projet (les muses et les témoignages) est à retrouver en intégralité sur le site d'Emma:

http://www.emmaboonne.com/worthy



Mon témoignage:


Je suis Mélanie, 41 ans. Ma particularité physique : les cheveux courts grisonnants. "Quoi à 41 ans, tu assumes déjà tes cheveux gris? » « A ton âge, il faut faire une couleur »

Mais voilà, ces cheveux courts gris ont une histoire, mon histoire depuis ces 3 dernières années.
Un burnout en 2017 après 15 ans de salariat dans une entreprise du CAC 40.
Une reprise d’études et une rupture conventionnelle en 2018.
Un cancer du sein en 2019, au moment de lancer mon entreprise, l’année de mes 40 ans. Plus d’un an de traitement : chimiothérapie, mastectomie, radiothérapie, thérapie ciblée, hormonothérapie. Un protocole qui fait d’abord très peur, qui glace le sang puis dans mon cas, il m’a permis de me découvrir des ressources cachées, de faire un travail sur moi et d’aller au-delà de mes peurs, d’oser, d’exprimer mes ressentis.

J’ai choisi de raser mes cheveux 15 jours après ma 1ere injection de chimiothérapie. Je ne voulais pas voir mes cheveux tomber dans la baignoire ou sur l’oreiller alors j’ai pris les choses en main.
Et paradoxalement, je me suis sentie fière, forte et courageuse, presque pour la première fois de ma vie.
Tout au long de mes traitements, j’ai tenu à rester féminine et j’ai accessoirisé mes tenues, ma tête avec frange et turban, je me suis maquillée. Ma féminité réinventée a été ma principale arme dans l’estime de moi. Je me suis parfois surprise à me trouver plus jolie qu’avant. Certainement parce que j’osais enfin exprimer ma créativité et ma personnalité.
Je sors à peine des traitements lourds qui m’ont fait perdre les principaux signes de féminité que la société nous renvoie : les cheveux, les cils, les sourcils, un sein. L’ironie du sort, c’est que j’étais complexée par ces signes de féminité : mes seins trop petits, mes cheveux trop frisés et blancs avant l’heure. Et j’ai su faire sans, cela m’a libéré.

Par chance, mon sein a pu être reconstruit immédiatement
Mes cheveux, mes cils et mes sourcils ont repoussé.
Les moments difficiles, que je croyais insurmontables sont finalement passagers : tout fini par passer, rien n’est figé.
Le moment de la repousse est un instant que l’on attend avec impatience. Quand on a tout perdu, on accueille beaucoup plus sereinement ce qui entre à nouveau dans sa vie. Les cheveux gris, courts et ondulés en font partie. Je n’assumais rien avant : la couleur, la nature bouclée de mes cheveux, la longueur. Je rentrais dans les cases : châtain clair, coupe carrée, lissage hebdomadaire. J’accueille aujourd’hui mes cheveux gris, je pense garder les cheveux courts et assumer ma façon d’être féminine. Ce n’est pas simple tous les jours. L’image de la femme de 40 ans que renvoie les médias ne me ressemble pas. J’accessoirise encore beaucoup mes coiffures, pour y apporter de la couleur.
La reconstruction physique et psychologique reste mon objectif de chaque jour. J’ai décidé d’être active, de ne pas subir les épreuves et me suis promis de trouver des solutions, de faire les ajustements nécessaires pour ne plus rechuter, de vivre dans l’instant présent, et de suivre beaucoup plus mon intuition et mon cœur plutôt que mon mental. Voilà ma résilience.

Credit Photo : Emma Boonne

Maquillage : Alexandra Chaix

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